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Cinéaste et thérapeute corporelle, Anne Closset

Grand Angle par Laurence Van Goethem.

Comédienne, réalisatrice, productrice, diffuseuse, plombière, le parcours professionnel et artistique d’Anne Closset est riche, complexe, parsemé d’embûches. Elle a longtemps milité pour qu’un véritable statut d’artiste voie le jour en Belgique. Elle est aujourd’hui thérapeute corporelle, praticienne de la méthode «Rosen».

14 octobre 2022

Professions:
Comédienne, réalisatrice, productrice, diffuseuse, plombière. Aujourd’hui thérapeute corporelle, praticienne de la méthode «Rosen».

Dernière création: Autrement (avec des légumes) (2015)

Formations: une année intensive en comédie à Paris (Philippe Gaulier et Monika Pagneux); en plomberie aux arts et Métiers; en art visuel à l’Académie de Molenbeek avec Thierry Zéno; en Gestalt Thérapie à L’institut Belge de Gestalt, et en France pour la méthode «Rosen».

Laurence Van Goethem
Par quoi et où as-tu commencé ta carrière?

Anne Closset
J’ai d’abord tenté l’expérience de comédienne à Paris, puis j’ai intégré le Collectif L’Ymagier Singulier avec Thierry Salmon à Bruxelles, créé par des jeunes artistes qui sortaient du Conservatoire, comme Serge Rangoni, Christian Machiels, Michel Bogen. On investissait des lieux au début des années 1980, comme L’Arsenal du Charroi – 4000m2 de hangar désaffecté sur le boulevard Général Jacques à Etterbeek. Pour exister, il fallait tout faire soi-même, et il n’y avait pas d’argent public. C’était le tout début du financement pour le théâtre, mais uniquement pour des créations ponctuelles.
Quand le collectif s’est dissout, j’ai continué à gérer l’Arsenal pendant trois ans, avec Philippe de Pierre-Pont, cinéaste, et Jean-Louis Gilles, régisseur. La Société Nationale du Logement était propriétaire du lieu, mais nous le prêtait; nous le mettions à disposition des premières créations des jeunes sortis des écoles (La Cambre, l’Insas, etc.) et nous y organisions de grandes fêtes.

De quoi vivais-tu?

À ce moment-là, je vivais dans des squats avec rien du tout, mais au bout de quelques années, je souhaitais quand même gagner un minimum ma vie et trouver un logement décent. Je me suis mise à faire de la plomberie, tout en gérant bénévolement l’Arsenal.

J’ai ressenti un vrai bonheur de pouvoir vivre décemment de mon travail.

Quand je suis passée du statut d’«artiste-comédienne» à «plombière-indépendante», j’ai ressenti un vrai bonheur de pouvoir vivre décemment de mon travail! Je sortais enfin de la misère. Ça a duré trois ans.

Comment t’es-tu lancée dans la production et la diffusion?

Quand l’Arsenal a fermé définitivement, j’ai abandonné la plomberie et j’ai créé une structure (Athanor) qui prenait en charge tout le travail autour de l’artistique: administration, production, diffusion. J’ai travaillé avec des artistes dont Zap Mama, Marie Daulne, Thierry Debroux, la compagnie Un œuf is un œuf (Mauro Paccagnella), Philippe Tasquin et Vincent Trouble (chanson française), Diane Broman, le Metropolitain Théâtre (Marabout Flash), Jean-Claude Berutti, et d’autres. Pendant sept ans, j’ai laissé de côté mes aspirations artistiques personnelles pour me consacrer à la production et à la diffusion des autres. Nous avions nos bureaux en face des Halles de Schaerbeek, au-dessus du café l’Âne vert.

Parvenais-tu à être rémunérée?

Je n’ai pratiquement pas été rémunérée pendant ces années de production, nous fonctionnions avec le statut de chômage artistique. Je prenais des risques financiers tout le temps. Par exemple, je n’étais pas censée voyager, or je devais suivre les Zap Mama en tournée… Malheureusement, dès qu’un groupe ou qu’un projet commençait à bien marcher, on se faisait récupérer par le show-biz. Par exemple, nous avons créé le festival de chansons françaises Les Francofolies de Spa, mais après la première édition on s’est fait récupérer. On a aussi perdu les Zap mama dès qu’elles ont commencé à avoir du succès. J’ai cherché pendant plusieurs années la viabilité de cette structure mais, si j’ai permis à certains artistes de vivre de leur travail, je n’ai pas réussi à me rémunérer moi-même correctement comme productrice.

Comment es-tu devenue réalisatrice?

J’ai arrêté la production et je me suis lancée dans le cinéma, après une brève formation à l’Académie de Molenbeek avec Thierry Zéno. Mon premier film documentaire a été coproduit par la Tunisie, en 2001: Parle («Takallam» en arabe). C’était le suivi d’un processus de création d’un spectacle théâtral. J’ai travaillé pendant dix-sept ans comme cinéaste, avec à peu près un film tous les deux, trois ans.

Tu as réussi à vivre de ton art?

J’ai toujours cherché à vivre de mon travail mais il y avait une régression par rapport aux années 1990, ça devenait quasiment impossible de gagner sa vie comme réalisatrice. Concevoir et réaliser un film est déjà un vrai parcours de combattant, mais une fois qu’il existe, il faut encore trouver de l’énergie pour le faire vivre, c’est un sacré boulot! Et faire de l’autopromotion, ce n’est jamais facile. Pour vivre, je réalisais des films de commandes et animais des ateliers dans des écoles.

Tu as aussi siégé à la Commission des Arts du cirque et de la rue pendant longtemps. Pourquoi?

Cette question de comment vivre de son art a traversé toute ma carrière.

Les arts de la rue étaient un secteur émergent à l’époque et cette question de comment vivre de son art a traversé toute ma carrière. Entre 2000 et 2012, je me suis battue pour augmenter la part de financement pour les compagnies et les artistes. C’était important d’établir des critères objectifs pour les subsides, qu’il y ait une politique un peu cohérente.

Tu as participé aussi aux réflexions concernant le «statut d’artiste»?

Oui, on s’est arraché les cheveux sur cette question dans les années 1990. Il y a eu plein de rassemblements et de débats, avec Suzanne Capiau, entre autres.
Il y a eu aussi la création de SMART, par un de mes collègues, Pierre Burnotte, qui s’est associé avec Julek Jurowicz. C’était une façon de rassembler les artistes et de trouver des solutions à leurs problèmes administratifs et financiers, et de développer des accompagnements de projets.

L’artiste n’a pas à être mis dans la case «chercheur d’emploi».

Un·e artiste travaille constamment. Il n’a donc pas à être mis dans la case «chercheur d’emploi». C’est complètement aberrant. Il faudrait créer une caisse séparée pour les artistes, qui soit adaptée à sa pratique et non pas liée à l’ONEM. Un·e artiste doit pouvoir voyager, travailler avec un revenu de base minimum décent, et bénéficier d’aides ponctuelles pour ses projets. Et puis, le temps est important, il faut bien comprendre cela. On ne peut pas demander à une personne des dizaines de créations par an, on n’aura pas la qualité.

Penses-tu que les choses aient évolué aujourd’hui?

On a beaucoup d’excellentes écoles et de nombreux artistes, ce qui est très positif dans une société démocratique. Il n’y a jamais trop d’artistes. C’est une question de positionnement de fond: il faut se demander ce que c’est que l’art et en quoi il est important. Et que les politicien·nes aient une certaine force de décision. Malheureusement, les budgets n’ont pas beaucoup augmenté; donc pour une même enveloppe, au lieu de financer dix projets, il faut en financer le triple aujourd’hui.
Au bout de quelques années, la plupart des jeunes artistes changent de métier, surtout s’ils ou elles commencent à avoir une famille, des enfants. Moralement aussi, ce n’est pas simple, on perd parfois sa dignité, sa confiance en soi.

Pourquoi as-tu arrêté de faire des films?

On est souvent prêt·es à tout pour réaliser ses projets artistiques et on donne la priorité à la recherche de sens, d’espace et de liberté. On ne pense pas à l’argent, on essaie juste de ne pas être écrasé par des systèmes économiques oppressants. Mais à un moment, tout cela m’a épuisée, surtout mentalement. Je n’aurais pas pu faire un film de plus. Faire vivre un projet artistique et exister est un combat permanent. La posture de l’ONEM a contribué aussi à ce que je décide de tout arrêter. On me demandait d’accepter n’importe quel autre travail parce que je n’avais pas assez de contrats, alors que je n’avais pas le temps de faire autre chose. Il y avait une pression intenable! Et le fait d’être constamment dans l’inégalité… Je pouvais perdre mes revenus d’un moment à l’autre, c’est comme avoir une épée de Damoclès en permanence.

Aujourd’hui tu as bifurqué vers la thérapie par le corps et la méthode Rosen, qu’est-ce qui t’a poussée dans cette voie?

C’est venu petit à petit. Je me suis formée en parallèle de mon travail de cinéaste, car je sentais que je devais me préparer à autre chose. Ce n’est pas facile comme décision, c’est un deuil. Et une prise de risque, celui de quitter le «chômage d’artiste» et de se mettre en indépendante, recommencer à zéro à cinquante ans passés.
J’ai remarqué que dans mes films, je questionnais beaucoup les identités. C’était un thème qui revenait souvent. Pour mon deuxième film, j’ai accompagné un jeune Turc du quartier nord, qui était dans une délinquance profonde; il y avait dans tout le processus du film une certaine résilience de sa part, il risquait la prison et après le tournage du film, il a changé de cap, il est devenu jardinier. J’aime accompagner des personnes. Je l’ai fait en tant que productrice. Par ailleurs, je suis quelqu’un de manuel, et j’aime le contact physique.

Qu’est-ce que tu aimes en particulier dans cette pratique?

La méthode Rosen est un toucher corporel qui va à la rencontre de la personne qui est derrière la tension musculaire.

Faire émerger toute une vie retenue, comme dans l’art.

C’est un travail très doux. Je me sens très vivante quand je la pratique. Je ne suis plus dans le stress de la création et de la production, ni dans l’obsession de devoir trouver des fonds. Je suis dans une grande sérénité quand je fais mon métier aujourd’hui, dans une temporalité juste, dans une relation à l’autre qui passe par le corps.

Es-tu heureuse dans ta profession aujourd’hui?

La transition n’était pas facile mais maintenant je suis très contente, cela fait cinq ans que j’arrive à vivre de mon travail et c’est très gratifiant. Cela me fait du bien de sentir que mes client·es sont content·es de me rétribuer pour mon travail. Dans le milieu artistique, le rapport à l’argent est compliqué, on a toujours l’impression de mendier.

Y a-t-il un lien entre tes différentes expériences professionnelles?

Tout ce que j’ai fait précédemment me sert aujourd’hui dans ma profession. Quand je suis face à une personne, c’est comme une feuille blanche, sur laquelle nous entamons une co-création ensemble. Sans public. C’est un art de la rencontre, dans ce qui va être mis en contact. Il s’agit de faire émerger toute une vie retenue, comme dans l’art.
Comme artiste, on cherche un certain contact avec l’autre, au monde, avec soi, et dans ce travail, je trouve tout ça. Tout ce qui existait dans la création de manière éparse se retrouve concentré dans ce travail. Je fais confiance à mon intuition et à mon ressenti. Je rencontre la beauté de l’humain, la beauté que chacun a en lui-même. C’est très touchant.

Cite un lieu, un artiste ou un objet qui t’accompagne ces derniers temps.

Les Halles de Schaerbeek. Toute son histoire: Jo Dekmine, Philippe Grombeer et Anne Kumps, des modèles pour moi. J’aime ce lieu polyvalent, un espace complet au niveau de la création. Les projets alternatifs qui en sont sortis. J’habite tout près de là et j’ai beaucoup collaboré avec Les Halles. C’est un lieu qui m’est très cher.

Où voir les films d’Anne Closset:

Autrement (avec des légumes) est programmé au Brésil au planetadoc.international festival. Vous pouvez le voir ici.

Get your funk! sera projeté le 9 novembre au Cultures Hip Hop Festival à Quimper- France.

Pour en savoir plus sur la méthode Rosen: 2 weekends d’introduction auront lieu les 5 et 6 novembre 2022 à Ohey, près de Namur et les 25 et 26 mars 2023 à Bruxelles. Plus d’infos ici.

Interview Marion par Monica Way

Les Points de Vues de RMPA

Un Journal et Newsletter de l’association des professionnels de la Méthode Rosen

ENSEIGNER CE TRAVAIL

Une conversation avec Marion Rosen par Monica Way, étudiante en seconde année de travail corporel

« Quand j’ai pris RDV avec Marion pour m’entretenir avec elle dans sa maison, j’avoue que j’étais nerveuse. C’était ma première « interview » et j’allais commencer ma carrière éphémère de journaliste avec une femme dont je respecte tant le travail, si bien que je me suis sentie humble des semaines avant le début de notre rencontre. Cependant, une fois que j’ai été dans la pièce avec Marion et Hwei-Li Chou, qui donnait une séance de travail corporel à Marion tout au long de l’interview, ce fut comme parler avec une sage avisée et chaleureuse et je fus immédiatement calmée. En choisissant les sujets à aborder avec elle, je me suis laissée guider par ma curiosité personnelle qui m’a conduite à l’interroger sur la façon de faire connaître ce travail à travers le monde, question que je me suis souvent posée durant ma première année d’étude au Centre de la Méthode Rosen de Bekerley. Cette conversation a été un plaisir « – Monica Way

Je sais qu’actuellement il y a 15 école enseignant la Méthode Rosen dans le monde. Je me demandais si tu avais visité chacune d’entre elles, Marion ?

Non, je ne l’ai pas fait. Je pense que j’ai rendu visite à la plupart d’entre elles mais pas le Centre Ouvert d’Australie ni celui d’Odile Atthalin.

Et je suis sûre que tout le monde aime lorsque tu leur rends visite

(souriant) Oui, ils aiment

Quand tu vas leur rendre visite, y a-t-il quelque chose auquel tu prêtes ton attention ?

Et bien, je suis souvent invitée pour donner un stage d’introduction ou un intensif bien que je ne l’ai pas fait dernièrement, mais je le faisais souvent auparavant. Je venais pour un stage ou un atelier ou une démonstration. Pour donner aux gens une idée de ce qu’est le travail. Et ainsi, quand je viens je ne regarde pas trop comment ils fonctionnent dans leur école, je présente seulement ce que je connais. Je sais que mon Centre préféré est en Allemagne avec Juliana Knoop. Je pense qu’elle est la plus en harmonie avec mes idées.

Oh, c’est intéressant. Qu’est-ce qui la rend si spéciale pour toi ?

Elle ! Sa personnalité, la façon dont elle travaille, son humilité. Elle est simplement une personne fantastique, très bien informée. Et a une vraie habileté à approcher les gens et à les comprendre. Formidable.

Est-ce que tu penses que c’est important que chaque école propose le même programme d’enseignement de la Méthode Rosen ? Beaucoup d’écoles ont des approches différentes en ce qui concerne la durée de l’enseignement. Une école inclut même de la poterie dans son cursus.

C’est bien. Mais les bases devraient être les mêmes car il faut du temps pour apprendre ces choses-là. Quant à la façon dont les différentes écoles l’enseignent, cela dépend bien sûr d’elles.

Oui, le simple fait d’établir un contact avec la personne sur la table peut prendre beaucoup de temps à apprendre. De mon point de vue de nouvelle élève, le temps moyen pour devenir un praticien certifié me parait long mais qu’il s’agit sans doute du bon laps de temps.

Oui je le pense. Cela m’a pris deux ans pour travailler avec Sara Webb. Elle était ma première élève. Il a également fallu deux ans avec la première classe. Donc, il y a deux années d’enseignement et ensuite tu deviens interne pour pratiquer ce que tu as appris. Les étudiants ont vraiment besoin de ce temps avec les supervisions. C’est le moment où nous apprenons le plus.

Au Centre de Bekerley, que je fréquente, on encourage les étudiants à réaliser leur internat en 12 à 18 mois. Mais d’autres écoles ne sont pas autant focalisées sur ce délai pour l’internat. Penses-tu qu’il est important qu’il soit achevé dans un court laps de temps ?

C’est mieux, car si tu vois juste un client ici ou là tu n’apprends pas vraiment. Mais si tu reçois des clients chaque semaine, disons cinq clients par semaine ou quelque chose comme ça, alors tu apprends vraiment. (pause). Et puis vous pouvez toujours demander une prolongation si vous n’arrivez pas à le terminer. Mais tu sais, c’est bien d’essayer de le terminer dans ce délai, d’y mettre son énergie.

C’est vraiment difficile de devenir un praticien lorsqu’il n’y a pas d’école à proximité.

Oui, c’est très difficile

Penses-tu qu’avoir une école est la seule voie pour enseigner ce travail ? Ce travail peut-il être enseigné par un autre biais qu’une école ?

(Pause). Il est difficile de répondre à cette question. Je pense qu’il pourrait peut-être y avoir une autre manière mais je ne sais pas encore comment cela se ferait. Je pense que des intensifs pourraient être organisé à certains endroits, encore et encore et alors, quelqu’un d’une école pourrait s’y rendre, quelqu’un qui serait un enseignant senior, qui saurait ce qui fait un très bon praticien. Oui, quelque chose comme ça, ce serait bien, je pense.

Oh, comme si l’enseignant senior allait là-bas pour regarder les étudiants dans les stages intensifs et voir s’ils sont prêts à devenir des praticiens ?

Je pense que oui, mais ce n’est pas encore le cas.

Je comprends qu’enseigner ce travail est complexe et demande beaucoup d’expériences, de patience et de pratique. Et je me demande si tu peux, maintenant, imaginer que tu parles à tous les enseignants de ce travail de part le monde. Est-ce qu’il existe quelque chose dont tu souhaiterais qu’ils se souviennent ?

Et bien, en tout premier lieu l’humilité qui est vraiment importante. Et ensuite, qu’ils se souviennent que quoi qu’ils enseignent, ils ne sont pas les guérisseurs de grandes choses mais juste des gens qui ont appris quelque chose qui est, je pense, utile à beaucoup de personnes. Et qu’ils ont assez de connaissances pour le transmettre aux autres, aux nouveaux étudiants. C’est vraiment tout.

Et si tu t’adressais à tous les nouveaux étudiants maintenant ? Y a-t-il quelque chose dont ils devraient se souvenir ?

Les nouveaux étudiants sont différents car ils ne savent pas encore exactement quoi penser de ce travail. Mais ils devraient toujours se rappeler de la simplicité de ce travail et également de sa profondeur. Et que c’est, de mon point de vue, un travail incroyablement enrichissant à faire. Parce que tu sais, cela fait trente ans que je fais ce travail et je ne veux pas m’arrêter parce que c’est tellement enrichissant. Tu étais à Calistoga cette année, n’est-ce pas ? (Je hoche la tête). Donc, tu as vu ce qui s’est passé là-bas, à quel point c’était merveilleux, à quel point le corps des gens a changé. C’était incroyable. Et ce n’est pas seulement grâce à Elaine Mayland et à moi, mais aussi grâce à Hwei-Li, Karen, Zanne et Zach, tous les assistants ! Ils ont contribué autant que nous. Et tous les élèves ont mentionné combien il était important d’avoir ces assistants qui travaillaient avec eux. Il n’y avait donc pas qu’Elaine et moi. Ce travail peut être transmis aux nouveaux étudiants parce qu’il y a tant de praticiens sensibles, et c’est tout simplement formidable.

Oui, il y a une si grande communauté. C’est une des choses que j’ai préféré à Calistoga : d’apprendre de tant de gens.

Oui ! N’est ce pas ? Je pense que c’est tellement important que ce ne soit pas toujours pareil. Il y a différentes personnes qui enseignent. Il y a différentes approches. Comme Hwei-Li avec ses mains douces, comment elle explore tout grâce à elles. Et peut-être que quelqu’un avec des mains plus dures, pourra obtenir d’autres choses.

Oui, et apprendre de tous ces gens est un rappel pour les nouveaux étudiants, comme moi- même, que c’est bien de trouver sa propre façon de faire ce travail.

En fin de compte, il faut que tu trouves ta propre façon de faire. Tu ne peux pas faire le travail Rosen, tu dois faire le travail Monica. C’est Marion Rosen qui enseigne mais c’est le travail Monica. Il y a bien sûr des choses de base que tu dois savoir faire. Par exemple, tu dois être capable de prendre contact avec la personne, tu dois être capable de t’intéresser à elle. C’est vraiment l’essentiel. Et avec ça, tu peux faire ce travail de ta propre manière..

Mais alors, penses-tu qu’il puisse y avoir trop d’école Rosen ou trop de manière d’enseigner le Rosen ?

Je ne crois pas. Parce que plus il y aura d’écoles ou de manière d’enseigner et plus ce travail se répandra. Jusqu’à présent, par exemple aux Etats-Unis, il y en a sur la côté Est et sur la côte Ouest mais rien au milieu, à l’exception de l’Open Center. Il y a donc de nombreux Etats où il n’y a rien. Et je pense que les gens devraient y aller et y introduire le Rosen.

(Riant) Eh eh, c’est ce qui se produit. Les gens introduisent le Rosen, n’est-ce pas ?

(Souriant) Oui, c’est génial.

J’étais avec Gregg Conlee à Calistoga et il m’a parlé de l’idée excellente de créer un schéma de l’anatomie du corps pour que les praticiens et les nouveaux étudiants puissent voir un corps décrit en termes Rosen, comme par exemple « les muscles pour tendre la main » ou « les muscles du couvercle » ou les « freins » ou quelque chose dans ce genre. Est-ce que ce type d’outil pédagogique serait une bonne idée ?

Tu sais, j’aime bien lorsque les gens doivent réfléchir par eux-même et ne pas juste regarder un schéma pour savoir ce que tel ou tel muscle fait. Si tu apprends par toi-même alors tu peux le retenir parce que tu auras dû y réfléchir par toi-même. Par exemple, lorsque quelqu’un tend la main, avec quoi la tend-il vraiment ? les doigts ? les mains ? Pas vraiment. Les mains tiennent quelque chose mais elles ne s’étirent pas. L’étirement est provoqué par le mouvement des omoplates et celui des bras qui l’accompagnent. Si nous ne pouvons tendre la main dans notre vie, alors les omoplates sont tirés en arrière et les muscles qui relient l’omoplate avec les différentes parties du corps deviennent tendus.

Tu dois apprendre par l’expérience que les omoplates sont liés au cou, à la colonne vertébrale, aux bras ou bien qu’elles sont reliées plus bas avec le milieu du dos. Et une fois que tu connais tout cela, alors tu peux te le représenter par toi-même. Je pense que c’est important parce que tu peux commencer à avoir une idée de ce qu’il a pu arriver aux personnes pour qu’elle se soient arrêtées de tendre la main dans leur vie. Que s’est-il passé pour que ce corps soit tel qu’il est ? Et toutes les pièces du puzzles s’assemblent lorsqu’on commence à penser de cette manière. Nous ne pouvons pas te dire tout cela dans un schéma, parce que nous ne savons pas ce qui est arrivé à cette personne. C’est pour cela que je n’ai jamais rien fait de tel avec un schéma.

Cette dernière question est un peu difficile pour moi à poser mais je pense que c’est important. Quand le temps sera venu pour le Rosen de poursuivre sans toi, Marion, existe-t- il un voeu que tu formulerais sur la manière dont le Rosen devrait continuer ?

Surtout le souhait pour que le Rosen continue comme maintenant. Parce que je sens déjà, et ce sentiment était avec moi à Calistoga, que je ne suis pas si importante de toute façon.Qu’il y a de très bonnes personnes impliquées qui continueront à faire vivre le Rosen. Différentes écoles, différents enseignants, de nouveaux élèves, il y a de très bons praticiens un peu partout. Je suis sûr que tu sais que tant que Hwei-Li sera là, elle travaillera probablement sur la Méthode Rosen et la transmettra. Et beaucoup d’autres la transmettront.

Mais tu nous manqueras certainement !

(Souriant) C’est gentil. Mais je ne suis pas la chose importante, tu sais. Je suis celle qui a démarré ce travail, celle qui l’a mis sur pied et j’ai quelques idées à son sujet. Mais les autres ont aussi leurs idées dessus ! Donc, il y a une communauté d’idées. Et nous savons qu’il y a beaucoup de façon de faire ce travail, de l’apprendre, de l’enseigner. Telle façon n’est pas meilleure qu’une autre, mais plutôt laquelle fonctionne le mieux pour toi. Et c’est vraiment merveilleux.